L’évaluation carbone d’une rénovation ne se limite pas aux émissions comptabilisées dans l’Analyse du Cycle de Vie du bâtiment.
L’ACV mesure notamment les impacts des produits de construction et équipements, du chantier, des consommations d’énergie et d’eau ainsi que du stockage carbone. Certaines démarches vertueuses restent toutefois difficiles à valoriser directement dans ce calcul : organiser une déconstruction sélective, réemployer des produits, partager des espaces ou préparer le bâtiment à de futurs usages.
Le BBCA valorise ces actions complémentaires à travers les Points Innovation Climat, ou Points IC. Ces points récompensent les projets qui réduisent le gaspillage de ressources, évitent la construction de surfaces supplémentaires et prolongent la durée d’utilisation des bâtiments.
1. Comment les Points Innovation Climat interviennent-ils dans le score BBCA ?
Les Points Innovation Climat viennent compléter le bilan carbone du projet.
Ils récompensent des démarches qui contribuent à une rénovation plus sobre et plus circulaire, comme :
déconstruire sélectivement au lieu de démolir sans tri ;
réemployer des matériaux au lieu d’acheter uniquement du neuf ;
mutualiser des places de stationnement ;
mutualiser des espaces entre plusieurs usages ;
anticiper un changement d’usage futur ;
prévoir une extension future sans reconstruction complète.
Les Points Innovation Climat s’ajoutent directement au score BBCA :
Score BBCA = (EGES_MAX − EGES_projet) / 10 + Points Innovation Climat
Plus le projet cumule de stratégies bas carbone complémentaires, plus il peut améliorer son score BBCA.
Les Points Innovation Climat retenus dans le score sont plafonnés à 10 points au total, même lorsque la somme des différents leviers dépasse cette valeur.
Ces points ne remplacent donc pas la performance carbone obtenue par l’ACV. Ils viennent la compléter en valorisant des choix constructifs, programmatiques et organisationnels qui participent à une rénovation plus circulaire.
2. Les 6 leviers Innovation Climat en BBCA Rénovation
Dans Emersus, les Points Innovation Climat peuvent être renseignés à travers six leviers principaux :
| Levier | Ce que le projet évite | Donnée à renseigner |
|---|---|---|
| Déconstruction sélective | Déchets ultimes, perte de matière | Oui / Non |
| Réemploi | Fabrication de produits neufs | Masse réemployée en kg |
| Mutualisation de stationnement | Construction de places de parking | Nombre de places évitées |
| Mutualisation d’espaces | Construction de surfaces en doublon | Surface mutualisée en m² |
| Changement d’usage | Obsolescence prématurée du bâtiment | Niveau d’engagement de 0 à 3 |
| Potentiel d’extension | Construction neuve future | Surface d’extension potentielle en m² |
3. Déconstruction sélective préalable
La déconstruction sélective consiste à organiser la dépose des produits, matériaux et équipements directement sur le chantier, avant leur évacuation.
Contrairement à une démolition indifférenciée suivie d’un tri sur une plateforme extérieure, cette démarche permet d’identifier plus facilement les éléments susceptibles d’être réemployés, réutilisés, recyclés ou orientés vers une filière de valorisation adaptée.
Lorsqu’elle est mise en œuvre conformément aux conditions attendues, la déconstruction sélective permet d’obtenir :
1 point Innovation Climat
Conditions obligatoires :
L’attribution du point nécessite obligatoirement :
- la réalisation d’un diagnostic ressources ;
- l’intégration d’exigences spécifiques de dépose méthodique dans le DCE de l’entreprise chargée de la déconstruction ou du curage.
Ces deux conditions doivent être réunies. Le simple tri des déchets en fin de chantier ne suffit pas à caractériser une démarche de déconstruction sélective.
Des documents complémentaires peuvent également décrire l’organisation opérationnelle de la dépose, les acteurs mobilisés, les matériaux identifiés et les filières retenues.
Comment le déclarer dans Emersus ?
Dans Emersus, ce levier se renseigne via un champ de type Oui / Non dans les paramètres de l’étude.
| Déconstruction sélective réalisée ? | Points obtenus |
|---|---|
| Oui | 1 point |
| Non | 0 point |
Justificatifs recommandés
Pour sécuriser la valorisation de ce point, il est recommandé de disposer de justificatifs tels que :
un diagnostic ressources ;
un diagnostic déchets lorsque celui-ci est applicable ;
des exigences de dépose méthodique intégrées au DCE ;
une note décrivant l’organisation de la déconstruction ;
des bordereaux ou éléments de traçabilité des matériaux déposés.
La déconstruction sélective ne correspond pas uniquement au tri des déchets en fin de chantier. Elle doit être anticipée en amont pour identifier les matériaux pouvant être remployés, recyclés ou valorisés.
4. Réemploi de matériaux et produits de construction
Le réemploi consiste à intégrer dans le projet des matériaux, produits ou équipements déjà existants, sans transformation lourde.
Il peut s’agir par exemple :
d’éléments structurels ;
de menuiseries ;
de mobilier ;
d’équipements techniques ;
de sanitaires ;
de luminaires ;
de faux-planchers ;
de cloisons démontables ;
de revêtements.
Le réemploi évite la fabrication d’un produit neuf équivalent et limite les déchets issus de la dépose.
Comment le déclarer dans Emersus ?
Dans Emersus, la masse totale de produits réemployés doit être renseignée dans les paramètres de l’étude.
Cette valeur est déclarative : elle n’est pas automatiquement calculée à partir des items saisis dans l’étude.
Formule de calcul
Points réemploi = masse réemployée / (5 × SDP)
Avec :
masse réemployée exprimée en kg ;
surface de référence exprimée en m².
Exemple pour un bâtiment de 1 000 m²
| Masse réemployée | Points obtenus |
|---|---|
| 2 500 kg | 0,5 point |
| 5 000 kg | 1 point |
| 10 000 kg | 2 points |
| 25 000 kg | 5 points |
Plus la masse de produits réemployés est élevée par rapport à la surface du bâtiment, plus le nombre de points augmente.
Pour fiabiliser la saisie, il est important de conserver les preuves associées au réemploi: bordereaux de suivi, origine des produits, photos de mise en œuvre, notes de réemploi ou justificatifs de filière.
5. Mutualisation des parkings
La mutualisation des parkings consiste à répondre aux besoins de stationnement du projet sans construire toutes les places qui auraient normalement été nécessaires.
Elle peut reposer sur l’utilisation partagée de parkings existants, par exemple entre plusieurs bâtiments ou entre des activités dont les horaires d’occupation sont complémentaires.
Les points sont calculés à partir du nombre de places dont la construction a réellement été évitée.
Deux catégories sont distinguées :
| Type de place évitée | Émissions conventionnellement évitées |
|---|---|
| Place en surface | 700 kgCO₂e par place |
| Place souterraine | 3 000 kgCO₂e par place |
Formule de calcul
Points parking = (700 × nombre de places en surface évitées + 3 000 × nombre de places souterraines évitées) / (10 × SDP)
Exemple
Pour un bâtiment de 1 000 m² avec 10 places souterraines évitées :
Points parking = (3 000 × 10) / (10 × 1 000)
Points parking = 3 points
Justificatifs obligatoires
Les places ne peuvent être considérées comme évitées que si le projet apporte les éléments démontrant :
- les solutions techniques mises en place pour assurer la mutualisation ;
- les solutions juridiques garantissant cette mutualisation.
Le montage juridique doit assurer le maintien de la mutualisation sur une durée minimale de 10 ans.
Une simple proximité avec un parking existant ne suffit donc pas. La disponibilité et l’utilisation des places doivent être organisées et garanties dans la durée.
Saisie dans Emersus
Il convient de renseigner séparément :
- le nombre de places de parkings en surface évitées ;
- le nombre de places de parkings souterraines évitées.

6. Mutualisation des autres espaces
La mutualisation des autres espaces consiste à augmenter l’utilisation d’une surface existante en la partageant entre plusieurs utilisateurs, activités ou programmes.
Elle peut, par exemple, concerner une salle de réunion, un espace de travail ou un local dont la durée d’utilisation augmente grâce à son ouverture à d’autres occupants.
La valorisation ne dépend pas uniquement de la surface physique mutualisée. Elle tient également compte de l’augmentation du temps d’utilisation permise par la mutualisation.
Calcul de la surface complémentaire équivalente
La première étape consiste à calculer la surface complémentaire équivalente :
Surface complémentaire équivalente = surface mutualisée × augmentation du temps d’utilisation
Le taux d’augmentation doit être exprimé sous forme décimale.
Exemple
Dans un bâtiment de bureaux de 10 000 m², 500 m² de salles de réunion sont ouverts à des utilisateurs extérieurs. Cette organisation augmente leur durée d’utilisation de 40 %.
Surface complémentaire équivalente = 500 × 40 % = 200 m²
La mutualisation est donc considérée comme permettant l’équivalent de 200 m² de surface utilisée en complément, et non comme évitant automatiquement 500 m² de construction.
Comment le déclarer dans Emersus ?
Dans Emersus, il faut renseigner la surface mutualisée, exprimée en m².
Cette surface correspond à la surface qui n’a pas besoin d’être construite grâce au partage avec un autre programme ou un autre usage.
Formule de calcul
Points mutualisation = (EGES_PCE × surface mutualisée) / (SDP × 10)
Avec :
EGES_PCE : impact carbone des produits de construction et équipements du projet, en kgCO₂e/m² ;
surface mutualisée : surface évitée grâce à la mutualisation, en m² ;
surface de référence : surface utilisée pour normaliser le projet.
Le calcul pondère la surface mutualisée par l’intensité carbone réelle des matériaux du projet.
7. Potentiel de changement d’usage
Le potentiel de changement d’usage valorise la capacité du bâtiment rénové à évoluer dans le temps.
Un bâtiment adaptable peut être transformé plus facilement si les besoins changent. Par exemple :
bureaux convertibles en logements ;
logements adaptables à une activité tertiaire ;
plateaux facilement reconfigurables ;
trames compatibles avec plusieurs usages ;
réseaux techniques dimensionnés pour une évolution future.
Cette capacité d’évolution contribue à prolonger la durée de vie fonctionnelle du bâtiment et à éviter des démolitions ou reconstructions prématurées.
Comment le déclarer dans Emersus ?
Dans Emersus, il faut sélectionner un niveau d’engagement parmi quatre paliers.
| Valeur | Engagement | Points |
|---|---|---|
0 | Aucune évolution d’usage anticipée | 0 point |
| 1 | Principe d’évolution défini | 1 point |
| 2 | Dimensionnement du bâtiment intégrant cette évolution | 2 points |
| 3 | Dossier complet décrivant l’évolution disponible | 3 points |
Plus l'évolution future du bâtiment est anticipée et documentée, plus le projet peut être valorisé. Le potentiel de changement d'usage récompense les bâtiments conçus pour durer, s'adapter et éviter une obsolescence rapide.Cas d’une partie seulement du bâtiment
Lorsque le changement d’usage ne concerne qu’une partie des surfaces, les points sont attribués au prorata de la surface concernée.
Par exemple, si un projet atteint un niveau correspondant à 2 points, mais que cette capacité d’évolution ne concerne que 50 % de sa surface, la valorisation retenue est : 2 × 50 % = 1 point.
8. Potentiel d’extension
Le potentiel d’extension valorise la capacité du bâtiment à accueillir une extension future.
Il peut s’agir par exemple :
d’une surélévation ;
d’une extension latérale ;
de combles aménageables ;
d’une structure déjà dimensionnée pour une extension ;
de réservations techniques anticipées.
L’objectif est de permettre une augmentation future de surface sans devoir construire un bâtiment entièrement neuf.
Comment le déclarer dans Emersus ?
Dans Emersus, il faut renseigner la surface potentielle d’extension, exprimée en m².
Cette surface doit correspondre à une extension rendue possible par les choix constructifs du projet.
Formule de calcul
Points extension = min(10 × surface d’extension / surface de référence, 3)
Le nombre de points est donc plafonné à 3 points.
Exemple pour un bâtiment de 1 000 m²
| Surface d’extension potentielle | Points obtenus |
|---|---|
| 100 m² | 1 point |
| 200 m² | 2 points |
| ≥ 300 m² | 3 points |
Le potentiel d'extension valorise les projets qui anticipent les besoins futurs. Il s'inscrit dans une logique d'économie circulaire: prolonger l'usage d'une structure existante plutôt que reconstruire.
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